Bière de Paris : quelques pataquès bien superflus

Mardi dernier, la Mairie de Paris a procédé à la moisson d’un champ d’orge cultivé dans le bois de Vincennes, et a révélé qu’elle envisageait d’en faire de la bière, grâce à l’appui de Brasseurs de France. Aussitôt, cette « bière de Paris » créait la polémique dans les milieux brassicoles parisiens, de façon bien inutile si l’information avait été correctement gérée par la municipalité. Car ce projet, qui n’est pas récent, aurait mérité d’être largement expliqué, au lieu d’être tenu sous silence depuis plusieurs mois.

En fait, c’est la troisième année que cette orge « municipale » est récoltée, la moisson servant jusque là à nourrir les différents animaux élevés par la Ville. Et puis, « quelqu’un » s’est demandé : « Et si on en faisait de la bière… ? ». Ignorant manifestement tout d’une telle élaboration, la Ville s’est alors tournée vers Brasseurs de France, seule organisation qu’elle connaissait. Mais, confondant une association professionnelle avec une entreprise de production de bière, cette demande a évidemment créé quelques soucis du côté du boulevard de Malesherbes. Et d’abord, cette orge était-elle bonne pour faire de la bière ? Comme la malter ? Quelle brasserie pouvait la transformer ?

Des réponses ont pu être apportées, et d’autres sont encore en cours de mise au point. L’orge doit être évaluée par l’Institut Français de la Brasserie et de la Malterie, et, si elle est bonne, elle pourra y être maltée, car l’IFBM possède une petite unité pour le faire. Quant au brassage, Brasseurs de France s’est refusé à choisir une entreprise parisienne parmi toutes celles existantes en Ile-de-France, histoire de ne pas faire de jaloux. Mais on se souvient que, lors du dernier Salon de l’Agriculture, l’association avait installé une belle unité de brassage sur son stand, fournie par le constructeur Coenco. L’équipement étant toujours disponible, il sera installé provisoirement dans un chais de Bercy que possède la Ville de Paris, et fonctionnera vers le mois d’octobre, ce qui donne le temps nécessaire au brassage et à la fermentation.

Reste une inconnue : le houblon. Certes, la Ville de Paris a fait venir 20 plants depuis Hochfelden, qui sont également plantés dans le Bois de Vincennes. Mais, au vu de la photo publié par Le Parisien, on peut se demander si des cônes auront le temps de se former et être de bonne qualité pour être utilisables dès cet automne. Les Houblonniers Parisiens n’avaient pas une autre solution à proposer ?

Par ailleurs, il a été annoncé que la bière produite – il est envisagé 100 hl – sera répartie entre la Ville de Paris et Brasseurs de France. L’organisation professionnelle compte profiter du brassage à Bercy pour faire la promotion de la bière « locale », dans une opération qui reste encore à finaliser. La Ville, elle, va-t-elle vendre sa bière, et à quel prix ? Rien ne semble encore être définitivement fixé sur ce point.

Bref, le goût du secret et la méconnaissance par la Ville de Paris des techniques de brassage ont provoqué la polémique sur quelques réseaux sociaux, ce qui est tout de même bien regrettable. Car cette Bière de Paris pourraait contribuer à faire prendre conscience aux Parisiens que la bière artisanale, élaborée avec des ingrédients locaux, avait sa place dans la capitale. Certes, nombre d’amateurs parisiens le savent déjà depuis longtemps, mais quid du grand public ? Espérons que cette occasion ne soit pas gâchée…

La houblonnière du Bois de Vincennes (Photo du Parisien publiée le 4 juillet sur son site).

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