Bavaisienne : vers la fermeture ?

La plus ancienne brasserie familiale française va-t-elle éteindre ses feux avant la fin de cette année ? C’est hélas bien probable, comme nous l’a confirmé Michel Theillier, son propriétaire. Existante depuis au moins 1831 (selon le premier document historique existant prouvant son activité), la brasserie de Bavay (près de Valenciennes dans le Nord) voit son avenir bien compromis : Michel Theillier souhaite s’arrêter, mais son fils n’a jamais envisagé de prendre sa succession, et l’unique employé de la brasserie va prochainement prendre sa retraite. M. Theillier ne serait pas hostile à un repreneur, mais il faut savoir qu’un candidat éventuel aurait bien du travail pour la faire fonctionner. Les équipements sont très anciens et, s’ils fonctionnent toujours très bien, leur caractère anachronique risque fort de ne pas passer sous les fourches caudines des normes actuelles en matière de brasserie.Et puis, dans cette brasserie dépourvue du moindre automatisme, le tour de main du brasseur est essentiel. Ainsi, Michel Theillier m’a expliqué que, lors du brassage, il ne vérifiait la température de l’eau qu’au départ. Ensuite, il se fie à son oeil, voire à son oreille, pour vérifier que tout se passe bien…

Et pourtant, pour tous ceux qui les connaissent, les bières de Bavay sont d’une qualité remarquable, alliant un moelleux malté d’une grande richesse aromatique à une amertume suffisamment marquée pour être d’une remarquable persistance. L’Ambrée, la plus passionnante de toutes, a d’ailleurs obtenu aux World Beer Championships de 2004 la note de 99 sur 100 et la médaille de platine, soit le summum que peut obtenir une bière dans ce concours prestigieux ! Et je n’ai jamais pu m’expliquer le secret de cette bière de fermentation haute. Ni ses malts, ni son houblon, ni sa levure (qui provient d’une brasserie voisine) n’en sont la clef, ni même ses deux chaudières d’ébullition, fort anciennes et autrefois chauffées au bois et au charbon, et maintenant au gaz. Ce qui est sûr, c’est qu’elle connaît une longue garde, souvent supérieure à trois mois. Mais cela suffit-il à tout expliquer ?

Depuis quelques années, Michel Theillier a pratiquement divisé par deux sa production, et n’élabore plus actuellement que ses deux Bavaisiennes (étiquettes bleues et rouges) et sa Bock, une bière de table qu’il continue de livrer à domicile à ses fidèles clients. Il est sans doute l’un des derniers à le faire d’ailleurs. C’est dire qu’un éventuel repreneur aura beaucoup à faire pour redresser la brasserie. Et pourtant, sa notoriété dans le monde est extraordinaire, notamment aux Etats-Unis grâce à un distributeur qui n’a cessé de la diffuser depuis des années. Allez voir sa fiche sur RateBeer…

Alors, si vous connaissez la Bavaisienne… et surtout si vous ne la connaissez pas, prenez-vite le chemin de Bavay pour vous en procurer quelques bouteilles avant qu’il ne soit trop tard. Allez-y en semaine, mais pas le mercredi : c’est le jour où Michel Theillier livre ses clients !

 

 

Photo : Michel Theillier devant sa cuve de brassage : 50 hl par brassin !

2 Commentaires

  1. Patrick Gauger

    En qualité de Brasseur ce type de nouvelle me rends triste. Un ancien Maitre Brasseur m’a dit un jour:
    « Quand dans un grand groupe on ferme un site, c’est souvent un drame pour les salariés de cette brasserie. Mais en qualité la communauté ne perd rien.
    Par contre qu’and une petite brasserie indépendante ferme, c’est tout un savoir faire qui se perd ».
    Dommage je n’ai pas les moyens financier pour en sauver ne serait-ce qu’une. OUI cela me rend triste.
    Patrick Gauger

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    1. Gilbert DELOS (Auteur de l'article)

      Je suis bien d’accord, ce serait une grande perte si cette brasserie devait disparaître.

      Répondre

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