Grimbergen : l’Abbaye frappe ses trois coups

Pour sa renaissance, plus de deux cent ans après avoir été détruite, la brasserie de l’abbaye de Grimbergen a fait très fort en élaborant trois bières inédites, n’ayant rien à voir avec celles produites par Alken-Maes (groupe Heineken) en Belgique et par Kronenbourg (groupe Carlsberg) en France. Tout en s’appuyant sur la symbolique monastique traditionnelle, elles font en effet appel à des techniques récentes voire innovantes.

La Magnum Opus (« chef d’oeuvre » en latin) est de style brut (8°), c’est-à-dire sans sucre résiduel, grâce notamment à l’emploi d’une levure dite de « vin effervescent » (pour ne pas dire de champagne, afin de ne pas s’attirer les foudres d’Epernay). Et l’emploi du houblon nelson sauvin lui donne dès le nez une remarquable fraîcheur faisant immanquablement penser à un vin blanc, que l’on retrouve avec plaisir en bouche, accompagnée de notes fruitées (poire, zeste d’orange). Très désaltérante, sa puissance en alcool ne lui donne aucune lourdeur, avec une persistance à la fois vineuse et maltée. Du grand art.

L’Astrum (6°) est une pale ale généreusement houblonnée au Galaxy qui lui donnerait presque des allures d’IPA, avec une bonne amertume soutenant les fruits tropicaux et les agrumes. Un peu lourde et assez résineuse sur la fin, elle manque un peu d’aromatiques pour être totalement convaincante. Quant à son nom et à celui de son houblon, ils renvoient à la passion des moines de Grimbergen pour l’astronomie, leur observatoire étant situé juste au-dessus de la brasserie.

Avec l’Ignis (10°), c’est la symbolique du feu qui est remarquablement illustrée. Car l’abbaye a plusieurs fois été incendiée au cours de sa longue histoire, mais, toujours renaissante, elle a pris le phénix comme emblème. Aussi, la brasserie a utilisé du malt fumé au bois de hêtre comme ingrédient principal, donnant une bière ambrée assez foncée. Dès le nez, le fumé s’impose avec des notes toastées, rappelant les charcuteries séchées sur un feu de bois. Douce et soyeuse, elle cache bien sa puissance en alcool sur des notes de caramel au beurre jusqu’à une longue finale sur le fumé. Dommage que cette Ignis ne soit pas pour l’instant distribuée en France…

Ce triple résultat est dû à un long travail entrepris depuis trois ans par le tandem formé par le Père Karel Stautemas, qui s’est formé au brassage tout en concevant la brasserie, et Marc-Antoine Sochon, un Français de 28 ans formé aussi bien au brassage en amateur qu’à l’élaboration du vin. Et cette équipe a déjà annoncé des bières encore plus innovantes pour l’avenir, avec des sours ou des maturation en barriques.

Marc-Antoine Sochon et le Père Karel Stautemas.

Ce qui est évident, en tout cas, c’est que ces trois premières bières n’ont rien à voir avec les Grimbergen commercialisées actuellement, surtout en France.

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