Le Maltriarcat, par Anaïs Lecoq

En 144 pages, Anaïs Lecoq, journaliste web et féministe engagée, entend dénoncer le sexisme qui règne dans la bière, car, affirme-t-elle, « le monde de la bière est un milieu essentiellement masculin, blanc et hétéro« . Et selon elle, cela ne date pas d’hier, car « l’éviction (des femmes…) a été savamment organisée au fil des siècles« . Elle rappelle en effet que, dans l’Antiquité, ce sont les femmes qui brassaient, comme elles remplissaient les tâches ménagères dans les sociétés primitives. Puis, progressivement, ce sont les hommes qui ont pris en charge l’élaboration de la bière de façon bien évidemment artisanale, même si Anaïs Lecoq parle de l’existence d’une « industrie brassicole » au Moyen Age, ce qui est évidemment une erreur historique.

De même, quand elle affirme que c’est « pour lui redonner une certaine noblesse (que) les brasseries prennent place dans les monastères, où ce sont principalement des hommes qui se chargent de fabriquer« , c’est évidemment ne pas avoir compris que si les moines sont devenus brasseurs, c’est pour subvenir à leurs besoins, selon les règles de leurs ordres, et non pour empêcher les femmes de brasser.

Certes, ces contre-sens et erreurs historiques sont regrettables et nuisent à l’argumentation, mais la suite se révèle tout de même plus solide. Car dès la montée en puissance de la bière artisanale au Moyen Age, puis de son industrialisation au 19ème siècle, les femmes sont de plus en plus absentes de la profession, comme le démontre Anaïs Lecoq. Cette éviction était-elle volontaire ? Cela reste tout de même à démontrer… et ce n’est en tout cas pas propre à la bière, car le phénomène concerne toutes les activités économiques de ces périodes

La renaissance de la bière artisanale depuis maintenant une trentaine d’années se caractérise notamment par la présence grandissante des femmes, aussi bien dans la production que dans la dégustation ou dans l’animation en général de la scène craft. Mais, pour Anaïs Lecoq, c’est encore bien insuffisant. Dans sa conclusion, elle affirme ainsi que les femmes « dans le microcosme de la scène craft, (re)prennent leur place mais attendent encore une considération qui n’est parfois donnée qu’à leurs confrères » même si une telle situation demanderait à être argumentée bien plus solidement.

Ce pamphlet devrait certes être fondé sur des études bien plus précises, mais il a tout de même le mérite d’ouvrir le débat sur la place des femmes dans l’univers brassicole.

Le Maltriarcat, éditions Nouriturfu, 144 pages, 15 euros.

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